Home Environment « Non, il n’est pas trop tard pour sauver les glaciers et les écosystèmes qui leur succèdent »

« Non, il n’est pas trop tard pour sauver les glaciers et les écosystèmes qui leur succèdent »

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« Non, il n’est pas trop tard pour sauver les glaciers et les écosystèmes qui leur succèdent »

Les glaciers fondent et en se retirant, de nouveaux écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce apparaissent. Selon une étude publiée en août dernier dans « Nature », l’équivalent de la surface du Népal pourrait émerger d’ici la fin du siècle, dans le scénario (optimiste) où le réchauffement climatique serait contenu à +1,5 °C. Selon les calculs des chercheurs, environ 339 000 km² de nouveaux écosystèmes pourraient apparaître dans le pire des scénarios – soit l’équivalent de la superficie de la Finlande. Jean-Baptiste Bosson, glaciologue au conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie et auteur principal de cette étude, défend l’idée qu’il faut protéger les territoires occupés hier et aujourd’hui par les glaciers avant que ces espaces ne soient convoités par des entreprises ou des domaines skiables.

Est-il trop tard pour sauver les glaciers ?

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Jean-Baptiste Bosson Non. Pour l’article que nous avons publié dans « Nature », nous avons étudié l’évolution des 210 000 glaciers de la planète (hors calottes antarctiques et Groenland). Si l’on ne fait rien pour le climat et que l’on se dirige vers des forts niveaux d’émission de gaz à effet de serre, on peut s’attendre à une extinction des glaciers sur Terre d’ici la fin du siècle. Les glaciers disparaissent très vite, mais il est important de souligner que nous avons encore une fenêtre d’action : il n’est pas trop tard pour limiter le réchauffement climatique. Si on applique les accords de Paris et que l’on parvient à limiter le réchauffement à +1,5 °C, on peut encore sauver 75 % de la surface glaciaire actuelle – ce qui permet de limiter l’élévation du niveau de la mer ainsi que la libération de surfaces sombres, qui absorbent davantage les rayons du soleil, et accélèrent le réchauffement (boucles de rétroaction positives).

Qu’en est-il des glaciers alpins ?

Dans les pires scénarios, il pourrait ne rester que 5 % des glaciers alpins en 2100. A l’inverse, en respectant les accords de Paris, on pourrait sauver un peu plus d’un tiers du volume et des surfaces glaciaires. C’est relativement peu, mais les glaciers alpins sont petits et situés à des altitudes limitées. Là encore, il faut souligner qu’en sauver un tiers est important, pour les paysages, la biodiversité, mais aussi pour les sociétés humaines, qui ont besoin d’eau, notamment pour faire tourner des industries, des barrages, des centrales nucléaires…

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De la fonte des glaciers, émerge de nouveaux territoires que vous appelez à protéger, avant qu’ils ne suscitent des convoitises.

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Depuis le petit âge glaciaire, depuis que l’homme modifie le climat, on a fait disparaître dans les Alpes françaises 400 kilomètres carrés de glace. C’est colossal : cela représente quatre fois la surface de Paris. En France métropolitaine, c’est sans doute le plus gros basculement d’écosystème depuis 200 ans. Ces territoires encore vierges sont incroyables dans leur naturalité – des petites forêts primaires sont en train de naître !

Une grande majorité des écosystèmes qui naissent du retrait glaciaire sont terrestres – cela va de la forêt de feuillus à des pelouses, jusqu’à des zones plus minérales en haute altitude… Dans les régions polaires, des zones marines apparaissent avec la fonte de glaciers qui flottent sur les océans. De nouvelles zones d’accumulation d’eau douce succèdent aussi aux glaciers (zones humides, plaines alluviales, lacs…). Ces nouveaux écosystèmes, qui constituent un refuge pour la biodiversité et des réserves d’eau douce pour les populations, vont, de manière secondaire, pouvoir séquestrer du carbone.

Que ce soit clair : en aucun cas, voir fondre les glaciers est une bonne nouvelle. Il faut les protéger. Il faut empêcher de voir des pelleteuses sur ces glaciers, comme cela a été le cas à Zermatt (Suisse) ou à La Grave, sur le glacier de la Girose, ces dernières semaines. Mais il faut aussi protéger les écosystèmes postglaciaires, pour se donner un peu plus de chance de conserver un monde vivable demain.

Vous dites que ces espaces demeurent un « impensé ». C’est-à-dire ?

Il y a une seule fois le mot glacier dans le droit français, pour parler des prérogatives des accompagnateurs en montagne… C’est un impensé total du droit. A Ice & Life, on travaille avec un juriste de l’environnement pour modifier la législation actuelle pour qu’on ne puisse pas détruire ces zones glaciaires ainsi que les nouveaux écosystèmes qui en résultent. Comment protéger une zone humide qui est en train de se former ? On défend l’idée qu’il faut être proactifs et protéger ces zones de manières fortes pour leurs intérêts écologiques et fonctionnels futurs. A l’échelle de la France, environ 60 % des surfaces glaciaires sont protégées à travers les parcs nationaux, les réserves naturelles, la zone de protection d’habitat du Mont-Blanc… Ce n’est pas si mal, mais 40 % sont peu ou mal protégées. On essaie à Ice & Life d’accompagner les territoires pour limiter au maximum les activités humaines sur ces zones.

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Vous étudiez, en Haute-Savoie, ces zones où les glaciers ont disparu. Qu’y observez-vous ?

Pendant deux étés, on a étudié une vingtaine de sites dans le département, qui ont émergé depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. On a, par exemple, étudié un lac qui est quasiment né cette année. On assiste en temps réel à la naissance d’écosystèmes : c’est à la fois vertigineux, fascinant et effrayant. Sur ces différents sites, on étudie la faune et la flore, on met des capteurs dans les lacs pour suivre les populations de planctons… Ce sont des zones pour lesquelles nous avons peu ou pas de données naturalistes. A Bionnassay, dans le massif du Mont-Blanc, à 1 800 mètres d’altitude, je me souviens avoir vu cet été un cincle plongeur au bord d’un lac, un petit passereau qui se nourrit d’invertébrés aquatiques. Ces zones constituent déjà des habitats pour certaines espèces. Le vivant revient très vite.

Qu’attendez-vous du sommet international pour les pôles et les glaciers, auquel vous allez assister ?

Au niveau national, la politique environnementale du gouvernement doit être beaucoup plus ambitieuse. L’état de la nature, de l’eau douce, la trajectoire climatique ne sont pas bons, les inquiétudes sont énormes et légitimes. En tant que membre du Conseil national pour la Protection de la Nature (CNPN), je constate que les avis rendus sur les politiques nationales et les projets locaux d’aménagement sont très souvent négatifs… Paradoxalement, il y a une volonté d’Emmanuel Macron de prendre une forme de leadership sur ces questions au niveau international, chose importante dans un contexte où peu s’activent. Ce sommet s’inscrit dans une fenêtre internationale intéressante : l’ONU a voté le fait que 2025 soit l’année internationale de la préservation des glaciers. J’espère que ce sommet actera une ambition et pas que de la communication. Ce qui compte, ce sont les actions et leur suivi.

Un engagement ambitieux serait de créer un traité international de protection des glaciers, calqué sur celui de l’Antarctique, qui interdirait toutes activités extractives sur les périmètres occupés hier ou aujourd’hui par les glaciers, pour que ces territoires soient laissés à la nature et au bien commun, pour les générations futures. Ce traité pourrait être adossé à des politiques volontaristes, au niveau national, de création d’aires protégées – c’est ce qu’on propose aujourd’hui en France.



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