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On vous explique pourquoi il faut s’intéresser à la COP28 à Dubaï

by admin
On vous explique pourquoi il faut s’intéresser à la COP28 à Dubaï

Depuis presque trente ans, le rituel des COP (pour Conference of the Parties) est le même. Sous l’égide de l’ONU, les pays du monde entier se réunissent pour discuter de la lutte contre le changement climatique. Et, trop souvent, ils finissent pas échouer à se mettre d’accord. La COP28, qui s’ouvre le 30 novembre aux Emirats arabes unis, un important producteur de pétrole, dérogera-t-elle à la règle ? Donnera-t-elle le coup d’accélérateur dont nous avons cruellement besoin pour enfin faire baisser drastiquement les émissions de CO2 mondiales ?

Huit ans après la signature de l’accord de Paris – l’une des rares avancées majeures obtenues lors d’une COP – plusieurs dossiers explosifs doivent en tout cas être évoqués à Dubaï, de la sortie des énergies fossiles à la question cruciale des pertes et dommages. « L’Obs » fait le point sur les grands enjeux de cette nouvelle grande messe du climat.

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A Dubaï, une COP28 sous influence pétrolière

Accord de Paris : c’est l’heure d’un premier bilan

En 2015, 195 pays adoptaient en grande pompe l’accord de Paris sur le climat, et s’engageaient à limiter le réchauffement climatique à 2 °C à l’horizon 2100, et si possible à 1,5 °C. Où en est-on aujourd’hui ? Cette COP28 a pour premier objectif de procéder à une première évaluation de l’accord (on parle de « bilan mondial » dans le jargon onusien), et surtout d’apporter de premiers correctifs.

Car pour l’heure, nous ne sommes pas du tout sur la bonne trajectoire. Selon la synthèse annuelle des derniers engagements de réduction des émissions pris par les 195 pays signataires (les fameuses NDC, pour « contributions déterminées au niveau national »), les promesses actuelles mènent à une baisse des émissions de seulement 2 % entre 2019 et 2030, au lieu des 43 % préconisés pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris. Conséquence, le monde se dirige vers un réchauffement catastrophique, allant jusqu’à 2,9 °C. Cette COP28 « doit être un véritable tournant » car « nous sommes hors piste », a mis en garde Simon Stiell, le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC).

Alors que la mise en œuvre de l’accord patine, et que l’horizon 2030 se rapproche à vitesse grand V, « cette COP doit veiller à ce que l’élan ne s’essouffle pas », analyse Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). L’un des défis des négociations à venir sera d’obtenir un réhaussement des ambitions mais aussi d’éviter que certains acteurs commencent à être tentés d’arrêter tout simplement de « jouer le jeu » de l’accord de Paris…

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Les énergies fossiles (enfin) sur la sellette ?

C’est l’un des grands paradoxes des négociations sur le climat : pendant longtemps, on y parlait peu, voire pas du tout, d’énergies fossiles, bien qu’elles soient responsables de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « Durant les COP, on discute d’objectifs de long terme très abstraits, et à aucun moment on y aborde la question concrète d’une limitation de l’utilisation de pétrole et de charbon », expliquait l’historienne des sciences Amy Dahan, dans un entretien accordé à « l’Obs » en 2021. « C’est l’éléphant dans la pièce », résume Guillaume Compain, chargé de plaidoyer Climat à Oxfam France.

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Fort heureusement, les lignes commencent à bouger. Lors de la COP26 de Glasgow, le texte final avait mentionné pour la première fois l’objectif d’une réduction de l’usage du charbon. ONG et experts pour le climat espèrent que la tenue de la COP28 dans un pays producteur de pétrole sera une opportunité de mettre le sujet enfin clairement sur la table. Ils ne sont pas les seuls à faire pression en ce sens. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a exhorté les Etats à « redoubler d’efforts de façon spectaculaire », ce qui « nécessite d’arracher les racines empoisonnées de la crise climatique : les énergies fossiles ».

Un objectif utopique, alors que la COP28 se déroule sous influence pétrolière ? Les ONG s’attendent à ce que la présidence émiratie tente plutôt de multiplier les engagements sur d’autres sujets, par exemple sur le triplement des énergies renouvelables d’ici 2030. « Un objectif essentiel, mais pas suffisant. Il faut vraiment que cette COP acte la sortie des énergies fossiles », appuie Guillaume Compain.

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Comme souvent lors des négociations sur le climat, le diable devrait se cacher dans les détails. Dans sa dernière « Lettre aux parties » (soit les pays participants), Al-Jaber, le président émirati de la COP, s’est montré en apparence ouvert à ce sujet, en expliquant qu’il souhaitait que les participants planchent sur la « suppression ou la réduction progressive des énergies fossiles »« Mais le piège, dans sa proposition, c’est qu’il n’y a pas de date », met en garde Sébastien Treyer, le directeur général de l’Iddri.

Il devrait aussi être beaucoup question à Dubaï de la place laissée aux technologies de captage et de stockage du carbone (CCS, dans son acronyme anglais). Mi-octobre, l’Union européenne a fait savoir qu’elle défendra une sortie des énergies fossiles. Mais la déclaration européenne parle de « l’élimination à l’échelle mondiale des combustibles fossiles “unabated” », c’est-à-dire brûlés sans captage ou stockage du CO2. Une telle formulation laisse donc la porte ouverte à l’usage d’énergies fossiles qui bénéficieraient de ces solutions techniques.

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Ces technologies, qui consistent à récupérer le CO2 émis dans l’atmosphère pour le stocker dans le sous-sol, ont les faveurs des pays exportateurs de pétrole, qui y voient une aubaine pour continuer à produire. Mais elles sont contestées en raison de leurs résultats très incertains. Selon l’AIE, seulement une quarantaine d’installations sont aujourd’hui opérationnelles et leur capacité annuelle totale de captage, de l’ordre de 45 milliards de tonnes de CO2 par an, est faible. Elles assurent aujourd’hui seulement 4 % de la capacité de captage annuelle qui serait nécessaire d’ici 2050. La bataille climatique implique de se « défaire de l’illusion que des quantités invraisemblablement élevées de carbone capturé sont la solution », a prévenu Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE, quelques jours avant le début de cette COP.

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Pertes et dommages : éviter la « coquille vide »

Ce fut l’une des rares bonnes surprises de la COP27, organisée l’an dernier en Egypte. Après trois décennies de blocage, le principe d’un fonds spécifique pour les « pertes et dommages », destiné à aider les pays déjà frappés par les impacts du changement climatique, a fini par être enfin validé. Mais tout reste à faire pour le rendre opérationnel. « La création de ce fonds a représenté un pas de géant pour la justice climatique », explique Fanny Petitbon, responsable du pôle plaidoyer chez Care France. Mais ce n’est pour l’instant qu’une coquille vide. Cette COP28 doit donc permettre de transformer l’essai. » Comment ce fonds va-t-il fonctionner ? Qui va le financer ? Qui va en bénéficier ? C’est à toutes ces questions, politiquement sensibles, que la COP est censée répondre.

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Les pays parviendront-ils à se mettre d’accord sur ce sujet à Dubaï ? Pas sûr, tant le sujet demeure très clivant entre les nations industrialisées et celles en voie de développement, qui sont en première ligne face aux impacts du changement climatique et qui en sont aussi les moins responsables. Certes, un texte de compromis dessinant les contours du futur fonds a été adopté début novembre, pour être discuté à la COP. Mais il s’avère très décevant, les pays en développement ayant été contraints à d’importantes concessions.

La contribution au fonds n’est en effet basée que sur le volontariat, alors qu’ils défendaient une contribution obligatoire des pays industrialisés en vertu de leur responsabilité historique. Il ne contient pas non plus de cible financière, alors que les pays du Sud réclament une somme de plancher de 100 milliards de dollars par an. Enfin, ils ont dû accepter à contrecœur que le fonds soit hébergé par la Banque mondiale pour une période transitoire, une institution qu’ils accusent d’être aux mains des Occidentaux… La question des pertes et dommages devrait donc faire encore l’objet d’âpres discussions et être sources de tensions, ce qui pourrait peser sur le reste des négociations prévues au cours de la COP.

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Là encore, quelques lignes commencent cependant à bouger, avec des points de divergence qui se dessinent sur le sujet entre pays du Nord. Alors que les Etats-Unis campent toujours sur une position ferme, refusant de se voir contraints à verser des indemnisations financières aux pays vulnérables, plusieurs Etats européens, dont la France, manifestent une attitude plus constructive. Le commissaire européen chargé du Climat, Wopke Hoekstra, a même annoncé que l’Union européenne et ses membres préparaient une « contribution financière substantielle » à ce fonds. Reste tout de même à savoir si celle-ci sera versée sous forme de subventions ou alors de prêts, au risque d’aggraver la crise de la dette dans les pays en développement.



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