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« On observe un regain de climatoscepticisme sur X-Twitter lors des événements pro-climat »

by admin
« On observe un regain de climatoscepticisme sur X-Twitter lors des événements pro-climat »

Pour les climatosceptiques, la 28e Conférence des Parties sur le Climat de l’ONU (COP28), qui s’est ouverte le jeudi 30 novembre, est l’occasion d’un activisme toujours plus soutenu. Car le climatoscepticisme n’a pas disparu, loin de là. Au contraire, les communautés climato-dénialistes sont plus actives lorsque le climat est au cœur des sujets d’actualité, souligne David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS, au centre d’analyses et de mathématiques sociales, et auteur d’une étude sur le sujet au printemps dernier.

Aujourd’hui, indique-t-il, « si l’on prend un message au hasard sur Twitter, on a une chance sur deux de tomber sur un contenu climato-dénialiste », un concept utilisé par le Groupe intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (Giec) pour mettre en lumière le déni de ces communautés numériques face à l’urgence climatique. Interview.

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Que se passe-t-il sur X (ex-Twitter) lors d’un événement comme la COP28 ?

Depuis six ans, nous étudions, à l’Institut des Systèmes complexes, l’évolution des débats sur le changement climatique sur Twitter. Nous avons observé une saisonnalité de ces discussions : à chaque fois qu’il y a des événements climatiques extrêmes ou des événements pro-climat comme la COP, des vagues de contenus climato-dénialisme tentent de démentir les faits scientifiques et les personnes.

Sur Twitter, « la plupart des climatosceptiques français sont issus de la mouvance antivax »

La COP peut crisper ces profils. On observe un regain de climatoscepticisme sur ce réseau social lors des événements pro-climat. Le fait qu’elle se tienne cette année dans un pays historiquement assez peu favorable à des mesures pour le climat, prête la voix au climatoscepticisme.

Les contenus climatosceptiques sont-ils plus mis en valeur pendant cette période ?

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En France, le climato-dénialisme [attitude de dénégation face au consensus scientifique sur le réchauffement climatique, notamment le fait qu’il soit d’origine anthropique, NDLR], concernait 29 % de la population en 2021 et 37 % en 2022, soit un surcroît de 8 % dans l’opinion publique. C’est énorme. En parallèle, nous avons constaté sur cette même période une suractivité sur les réseaux sociaux et une multiplication par six de la taille des communautés climato-dénialistes sur Twitter.

Depuis son rachat, Elon Musk a rétabli un certain nombre de comptes bannis pour harcèlement. Il a aussi changé l’algorithmique de X pour mettre encore plus en avant les contenus dits « toxiques », c’est-à-dire insultants, obscènes ou polémiques. Dans les trois mois qui ont suivi, un tiers des scientifiques climat ont quitté le réseau et il y a eu moitié moins de messages « pro-climat » sur Twitter. Aujourd’hui, si l’on prend un message au hasard sur le réseau social, on a une chance sur deux de tomber sur un contenu climatosceptique.

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Et lors des événements comme les COP, comme on parle plus de climat, plus de posts climato-dénialistes sont publiés. Et ils sont d’autant plus mis en avant. Twitter est un amplificateur des thèses climato-dénialistes.

Pendant la COP, quels types de contenus sont produits ?

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Il y a d’abord les contenus qui défendent qu’il n’y a pas de changement climatique, et qui représentent environ 8 % des posts. D’autres assurent qu’il y a réchauffement climatique mais que ce n’est pas la faute de l’homme : ce type de contenus est de plus en plus partagé ces dernières années. Il y a enfin une petite minorité qui dit qu’il y a bien réchauffement climatique et que c’est bon pour l’homme.

Certains de ces posts sont des verbatims, des opinions. Beaucoup de ces comptes se spécialisent sur la diffusion d’informations pseudo-scientifiques. Ils reprennent des articles rétractés ou des bouts d’articles sortis de leur contexte pour les présenter comme des preuves scientifiques de l’absence de réchauffement climatique. D’autres messages font appel au « sens commun » : il s’agit de dire « regardez, il fait très froid alors qu’on est en septembre, c’est bien que le temps ne se réchauffe pas ». La dernière arme de ces comptes, c’est l’attaque contre les scientifiques.

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Pendant les COP, on observe, en plus de ça, un ensemble d’arguments qui dénigrent le principe même de l’événement, en disant par exemple que les personnalités viennent en avion pour défendre le climat. Ils essaient d’introduire un clivage pour opposer le peuple aux élites et dénoncer l’hypocrisie de cette dernière.

Qui se cache derrière ces comptes ?

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Beaucoup de climato-dénialistes sur Twitter sont des comptes opportunistes. Ils défendent aujourd’hui les thèses anti-sciences sur le climat, mais il y a six mois ils avaient un autre combat. Ils se sont spécialisés dans la division plutôt que dans le réchauffement climatique.

A titre d’exemple, nous avons repéré un compte leader des communautés climatosceptiques en ligne, Elpis, qui se dit, depuis l’été 2022, expert en réchauffement climatique. Six mois auparavant, il se décrivait comme biostatisticien et était plutôt antivax et anti-passe sanitaire. Ce même compte, pendant la guerre en Ukraine, a pendant quelques semaines, relayé la propagande du Kremlin.

Quels sont leurs relais sur Twitter ?

Les climatosceptiques ont des relais tout à fait officiels, des personnalités politiques de premier plan (certains étaient d’ailleurs candidats à l’élection présidentielle). Il y a aussi des anonymes, des comptes de trolls payés pour faire de la désinformation sur internet. Et on observe aussi des personnes plus ou moins publiques ou anonymes, des citoyens lambda, des gens qui croient sincèrement à ce qu’ils ont vu sur Twitter et d’autres qui participent à cette propagande. Parmi eux, il y a certainement toute une partie de faux comptes.

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S’adressent-ils à des personnes déjà convaincues ou arrivent-ils à en persuader d’autres ?

Ce type d’arguments a un certain impact, des communautés numériques entières se forment autour de ces idées-là. Cet opportunisme se rajoute à un climatoscepticisme classique, qui serait, par exemple, piloté par l’industrie des énergies fossiles. Et tout ça commence à faire une masse assez importante sur les réseaux sociaux.

Pourquoi les gens se laissent-ils convaincre par leur théorie ?

D’une part parce que les réseaux sociaux ont pris un rôle croissant dans le débat. En mettant l’accent sur l’engagement et en favorisant les contenus qui font le plus de likes et de commentaires, ils rendent plus visibles les contenus polémiques, toxiques et de désinformation. Les contenus climatosceptiques sont davantage mis en avant. Et cette tendance va en s’amplifiant.

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On peut aussi probablement l’expliquer par un phénomène psychologique. Plus les conséquences du réchauffement climatique sont visibles, plus cela devient anxiogène. Les contenus climatosceptiques peuvent alors permettre de se rassurer. Ceci étant dit, ça ne tient pas longtemps puisqu’on voit bien que le réchauffement ne s’arrête pas.

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Est-il possible de rattraper, après coup, l’impact de ces fausses informations ?

Même si l’on tente de corriger après coup, la confusion est introduite dans l’esprit de celui qui a reçu les fausses informations. Et l’effet est assez durable sur la perception du problème. La mésinformation va permettre de douter d’un fait incontestable, ce qui va avoir un impact délétère sur la réception des informations et le soutien de la population aux mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.

Comment lutter contre ces fausses informations ?

Il faut se poser la question de comment et où on s’informe. Tous les réseaux sociaux ne se valent pas. Twitter et Facebook, par exemple, sont des réseaux commerciaux qui mettent en avant les contenus engageants et, donc, donnent une prime à la diffusion d’informations peu fiables. Il existe d’autres réseaux, comme Mastodon, où l’information est diffusée de manière plus neutre.



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