Home Environment à Noël, que répondre à votre beau-frère qui pense que l’écologie et le climat « ça commence à bien faire » ?

à Noël, que répondre à votre beau-frère qui pense que l’écologie et le climat « ça commence à bien faire » ?

by admin
à Noël, que répondre à votre beau-frère qui pense que l’écologie et le climat « ça commence à bien faire » ?

C’est la trêve des confiseurs mais le repas familial risque, cette année encore, d’être musclé. L’écologie ? Pour votre beau-frère, comme pour Nicolas Sarkozy en son temps, « ça commence à bien faire ! ». Jean-Claude, avec qui vous vous êtes chauffé en début d’année sur la réforme des retraites, a les scientifiques du Giec et les militants du climat dans le viseur. Au traditionnel repas familial, c’est sûr, il va lancer le sujet pour vous faire dérailler…

« L’écologie, ça commence à bien faire » : la montée de la menace « climato-populiste »

Son argument n° 1 : « La France, c’est 1 % des émissions mondiales »

C’est une vieille rengaine que Jean-Claude vous sert juste avant de passer à table. Tout faire pour baisser les émissions de CO2 en France ? « Pfff… Que les Américains et les Chinois commencent ! » Vous ne pouvez pas le contredire sur un point : les émissions hexagonales représentent, en effet, moins de 1 % des émissions mondiales. Oui, le chiffre double presque si l’on incorpore les émissions liées aux importations de biens et de services (votre smartphone fabriqué en Chine par exemple) : elle grimpe alors à 1,5 %. Mais Jean-Claude a raison, rien ne sera possible si la Chine et les Etats-Unis, qui représentent respectivement 31 % et 14 % des émissions, ne font rien.

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Mais la France doit aussi faire sa part. Vous rappelez à Jean-Claude que le réchauffement climatique est un problème de stock : il résulte des émissions présentes mais aussi passées, or la France fait partie des dix pays dans le monde à avoir envoyé le plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère depuis les débuts de la période industrielle. Elle a donc une responsabilité historique forte. Et on ne peut pas comparer les émissions des pays sans tenir compte de la taille de leur population : il y a 20 fois plus d’habitants en Chine qu’en France… Ainsi, la part des émissions françaises dans les émissions mondiales (1,5 %) est proche du double de la part de la population française sur la planète (0,84 %).

« La France, c’est 1 % des émissions mondiales » : pourquoi il faut en finir avec cet argument absurde

Dernier argument : près de 200 pays dans le monde ont des émissions dont la part est inférieure à 2 % du total des émissions mondiales. Cela peut sembler peu mais, quand on les additionne, ces pays sont responsables de 37 % de ces mêmes émissions. Si chacun d’eux considère que ce n’est pas à lui de bouger mais à l’autre, on va donc dans le mur. Oui, il sera impossible de limiter l’ampleur du réchauffement climatique sans effort des principaux pays émetteurs, mais les petits émetteurs, mis bout à bout, ont un poids non négligeable aussi.

Son argument n° 2 : « On est trop nombreux »

Jean-Claude n’en démord pas. Si le climat s’emballe, c’est d’abord à cause de l’explosion démographique. « Tu te rends compte, on a franchi la barre des 8 milliards d’êtres humains sur Terre ! », vous lance-t-il entre deux toasts badigeonnés de foie gras. Pour lui, c’est simple, tant que la population des pays africains continuera à croître, tout effort pour limiter la hausse des températures sera vain…

Jean-Claude est loin d’être le seul à agiter le spectre de la surpopulation et à braquer les projecteurs sur les pays du Sud à la natalité élevée. Cette crainte, très ancienne, continue d’être régulièrement propagée par de pseudo-experts en mal de sensationnalisme, et même par un ancien président de la République… On a ainsi récemment entendu Nicolas Sarkozy (encore lui) la reprendre à son compte.

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Nous sommes 8 milliards sur Terre : « La démographie n’est pas déterminante dans le changement climatique »

Alors oui, c’est vrai, les chiffres sont vertigineux : en l’espace de deux siècles, la population mondiale a été multipliée par huit, et un pic de 10 milliards d’êtres humains est annoncé pour 2050, l’Afrique devenant le continent le plus peuplé. Mais absolument rien ne démontre que la démographie joue un rôle déterminant dans le changement climatique. Car, en matière d’atteinte à l’environnement, ce n’est pas le nombre de personnes vivant sur Terre qui importe mais la manière dont ils vivent. Ainsi, la grande majorité du poids écologique de l’humanité n’est pas portée par les pays africains en pleine croissance démographique, mais bien par une poignée de pays riches à faible fécondité… comme la France. Les pays du Sud à forte natalité représentent seulement 3,5 % des émissions mondiales de CO2, alors qu’ils abritent 20 % de la population mondiale.

Bref, continuer à asséner que le problème est démographique revient à faire diversion. L’évolution de la population dans les pays pauvres ne changera pas grand-chose au réchauffement climatique. Ce sont nos modes de vie qu’il s’agit avant tout de rendre plus sobres.

Son argument n° 3 : « L’été a été pourri »

L’été 2023 est loin, mais quatre mois plus tard, Jean-Claude n’a toujours pas digéré ses deux semaines de vacances en Bretagne, sous la pluie et dans le froid. « Il était où le réchauffement climatique ? », s’emporte-t-il, en attaquant son deuxième verre de vin.

Comme bien d’autres vacanciers, Jean-Claude a subi l’été dernier une météo capricieuse. Des températures automnales et des précipitations abondantes ont frappé plusieurs régions françaises entre la fin juillet et le début du mois d’août. Sauf que la survenue d’un été pourri – comme celle d’un hiver très froid d’ailleurs – n’est pas incompatible avec le réchauffement climatique. D’ailleurs, l’été 2023 s’est malgré tout classé comme l’un des plus chauds de l’histoire, avec une température moyenne qui a atteint 21,8 °C, soit une valeur supérieure de 1,4 °C à la normale. A l’échelle mondiale, l’année 2023 s’annonce même comme la plus chaude de l’histoire, avec une ribambelle de records pulvérisés.

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(MEHDI BENYEZZAR)

Jean-Claude confond en fait météo et climat. La première étudie les phénomènes atmosphériques afin de déterminer le temps qu’il fait à un moment et un endroit donné. Une prévision est donc susceptible de changer d’une heure ou d’un jour à l’autre. Le second consiste en l’étude des statistiques de variables atmosphériques sur une longue période de temps (trente ans en règle générale) afin de déterminer le temps auquel on peut s’attendre sur une région. Entre la météo et le climat, il y a donc une échelle de temps très différente : la première se contente d’indiquer le temps qu’il fera à court terme quand le second dessine des tendances lourdes à moyen et long terme.

Ajoutons que les projections climatiques sont construites sur des moyennes de températures. Dès lors, dire que le climat se réchauffe de 1,5 ou 2 degrés au niveau mondial n’exclut pas des moments où, ponctuellement, il fera froid.

Son argument n° 4 : « On va trouver une solution technique »

Devant le plateau de fromages, votre beau-frère pense (enfin) vous ratatiner avec des arguments technophiles. Il a entendu parler de la fusion nucléaire, des espoirs suscités par l’hydrogène et le captage et le stockage du carbone. A quoi bon tendre vers la sobriété alors que l’innovation et le génie humain vont nous sortir de l’ornière ?

Hélas, sans nier tous les bienfaits de la technique, c’est aller vite en besogne que de tout miser sur elle. Beaucoup de philosophes ou d’ingénieurs ont souligné les impasses du « solutionnisme technologique ». En premier lieu en raison de l’effet rebond, démontré dès la fin du XIXe siècle par l’économiste britannique William Stanley Jevons. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les gains d’efficacité énergétique apportés par une innovation n’entraînent pas une réduction de la production énergétique globale, mais son augmentation. Son paradoxe s’est depuis vérifié à de nombreuses reprises, par exemple dans le secteur aérien. Les émissions de CO2 par appareil ont chuté de 60 % entre 1960 et 2000, mais la baisse des coûts induite a aussi favorisé l’explosion du trafic aérien.

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2023, l’année où la géo-ingénierie est devenue le plan A dans la lutte contre le réchauffement climatique

Et puis surtout, beaucoup des technologies présentées comme miraculeuses ne sont encore que des mirages – la fusion nucléaire par exemple. Sauf à croire à des scénarios héroïques de rupture technologique, il faudra donc en passer par des politiques de sobriété, disent les scénarios esquissés par plusieurs institutions (de l’Ademe au Giec). Certes, il est en théorie possible que des start-up financées par Bill Gates ou Elon Musk puissent résoudre tous nos problèmes dans les années qui viennent, mais cela demeure un pari risqué. Pour Timothée Parrique, économiste d’obédience décroissante, « c’est un peu comme sauter d’une falaise en espérant inventer un parachute avant de toucher le sol ».

Son argument n° 5 : « Mes efforts ne serviront à rien »

En saisissant une saucisse cocktail (il l’ignore, mais elle est végane : c’est vous qui les avez posées sur la table basse), votre beau-frère prend un ton moqueur : « Tu as l’impression de sauver la planète avec ton lombricompost ? » Sauver la planète, non, mais contrairement à ce que sous-entend Jean-Claude, adopter des « petits gestes » n’équivaut pas à pisser dans un violon (pisser dans la douche, c’est bien mieux). Vous lui ressortez cette étude du cabinet Carbone 4, « Faire sa part », qui évalue qu’un Français peut faire baisser jusqu’à 25 % ses émissions carbone en adoptant un comportement dit « héroïque »… A eux seuls, les « petits gestes » ne suffiront évidemment pas à lutter contre le changement climatique. Pour autant, ils ne sont pas négligeables non plus.

« Pour lutter contre le réchauffement climatique, les petits gestes ne suffiront pas »

Alors bien sûr, ce n’est pas si simple : nous n’avons pas tous les mêmes marges de manœuvre (il est bien plus facile de délaisser sa voiture en vivant en ville plutôt qu’en rase campagne) et nous sommes pris dans une structure et des mécanismes collectifs qui la conditionnent (l’aménagement du territoire, les infrastructures existantes, etc.). Nous n’avons pas non plus tous la même empreinte carbone : il serait juste de demander plus d’efforts aux plus aisés, qui sont les plus gros pollueurs. Mais même si elles ne peuvent pas tout, les actions individuelles ont un autre bienfait : elles créent un élan collectif. Linda Steg, professeure de psychologie environnementale, a mis en évidence que nous avons tendance à sous-estimer à quel point les autres se soucient et agissent pour l’environnement. « Ce qui est une source de démotivation. » Se rendre compte que les personnes qui nous sont chères, auxquelles on s’identifie, se mobilisent et s’en préoccupent est, à l’inverse, une source supplémentaire de motivation. « Vos efforts vous sembleront plus utiles. »

Si la rhétorique des petits gestes est surtout utilisée par les gouvernements et les entreprises pour masquer leur propre responsabilité et faire porter aux individus le poids de la transition, rien, en réalité, ne s’oppose à ce que l’on conjugue « petits gestes » et militantisme.

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Son argument n° 6 : « De toute façon, c’est foutu »

Votre beau-frère n’est pas d’un naturel défaitiste en général : combien de fois n’a-t-il pas maintenu le barbecue du dimanche en dépit des prévisions d’orage ? Mais quand il s’agit de notre avenir climatique, bizarrement, Jean-Claude a vite tendance à conclure que tout est perdu. Un discours défaitiste bien commode : pour Jean-Claude, c’est la preuve qu’il ne sert à rien de bouleverser quoi que ce soit à notre mode de vie. Son mantra : oui aux SUV, aux voyages en avion à l’autre bout du monde et à la surconsommation. « Jouissons maintenant avant qu’il ne soit trop tard ! »

Vous aussi, il vous arrive (une semaine sur deux) de sombrer dans le défaitisme, mais vous vous accrochez aux affirmations des spécialistes comme une moule de Bouzigues à son rafiot. Bien sûr, l’objectif visé par l’accord de Paris sur le climat (contenir le réchauffement à +1,5 °C), apparaît désormais illusoire. On se dirige plutôt vers un monde à +2,8 °C d’ici la fin du siècle (contre + 4 °C avant la signature des accords de Paris). Sauf que le réchauffement climatique n’est pas un problème binaire mais graduel. Cette bataille a ceci de singulier qu’elle ne pourra jamais être vraiment gagnée mais qu’elle n’est jamais complètement perdue non plus, car chaque dixième de degré compte et peut permettre d’éviter des dégâts considérables. Dit autrement, même si l’on dépasse l’objectif de 1,5 °C, toute tonne de dioxyde de carbone qui n’est pas émise dans l’atmosphère a son importance. Il ne faut donc rien lâcher.

Une France à +4°C ? Pourquoi s’adapter au changement climatique ne doit plus être un tabou

D’autant qu’une réduction massive des émissions de CO2 aurait des effets quasi immédiats sur le niveau de réchauffement. C’est en effet l’une des rares bonnes nouvelles issues des derniers rapports du Giec : si nous parvenons à atteindre la neutralité carbone (c’est-à-dire à ne pas émettre davantage de gaz à effet de serre que ce que nous sommes en mesure d’absorber), l’élévation de la température globale sera rapidement stoppée, et donc le climat stabilisé. De quoi terminer ce repas familial tumultueux sur une (petite) note d’espoir.



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