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un deux poids, deux mesures ?

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un deux poids, deux mesures ?

Dans la nuit du 18 au 19 janvier, un bâtiment en travaux de la direction régionale de l’environnement, à Carcassonne, est la cible d’une explosion. Les vitres de l’édifice, vide de tout occupant, ont été soufflées… Le sigle d’un groupe de producteurs de vin ayant revendiqué des actions violentes, lors de précédentes crises du secteur, a été tagué à deux endroits : CAV pour Comité d’Action Viticole. L’attaque contre ce bâtiment d’Etat, dont l’administration est rattachée au ministère de la Transition écologique, a occasionné des dégâts matériels importants. Une enquête est ouverte. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, si prompt à réagir, s’est abstenu de condamner l’attaque. Lui qui avait qualifié d’« écoterroristes » les manifestants anti-bassines de Sainte-Soline, ne parle pas là d’« agroterrorisme »…

Ces derniers jours, les images des routes bloquées, des tonnes de lisiers déversés sur la voie publique, des pneus incendiés devant la préfecture d’Agen ont nourri le sentiment d’un traitement différencié entre les actions des agriculteurs et celles des écolos. « Les écologistes feraient le millième de ce qu’il se passe aujourd’hui, ils seraient en prison et condamnés », a affirmé le sénateur écologiste Yannick Jadot sur Public Sénat. « Quand nous avons des actions qui sont bien moins violentes, on est traités directement d’écoterroristes », pointait la militante écolo Camille Etienne sur BFMTV, en précisant « comprendre » la colère exprimée. « Tant mieux si des agriculteurs peuvent occuper/bloquer sans subir de violence. Mais le double standard de la stratégie de “maintien de l’ordre” est évident. Cet ordre est politique et répond aux intérêts du gouvernement », a tweeté pour sa part l’élue EELV Raphaëlle Rémy-Leleu.

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Les comparaisons, il est vrai, sont cruelles. En mai dernier, quand des militants des Soulèvements de la Terre ont barré l’A13, dans l’Eure, en signe de protestation contre le projet de contournement de Rouen, les forces de l’ordre sont intervenues rapidement et le préfet, qui a condamné une « action irresponsable », a saisi le procureur. Quand les agriculteurs en colère ont bloqué l’A13, ce 24 janvier, dans le même département, la gendarmerie a sécurisé les lieux et la préfecture, dans son communiqué, n’a pas fustigé l’irresponsabilité des bloqueurs. En Occitanie, des agriculteurs et des représentants du monde agricole ont été reçus par les services de l’Etat, trois jours après le début du blocage de l’A64. Le ministre de l’Intérieur a affirmé lundi avoir donné consigne aux préfets et aux directeurs de gendarmerie de ne pas évacuer les agriculteurs manifestant, en l’absence de dégradations. « On n’envoie pas les CRS sur des gens qui souffrent », a ajouté son entourage.

Twitter – Les Soulèvements de la Terre on Twitter / X

Ce sentiment de deux poids, deux mesures, grossit dans la sphère écolo dans un contexte de diabolisation de la désobéissance civile et de criminalisation des militants environnementaux. Insultes, agressions, coups de pression… Le peu d’empressement du gouvernement à réagir aux violences perpétrées à l’encontre des militants provoque, dans le même temps, incompréhension et colère, comme nous le relations en mars 2023.

Une colère plus acceptée ?

« Les agriculteurs sont craints et respectés, rappelle Nicolas Bricas, socio-économiste de l’alimentation au Cirad. Politiquement, il n’est pas bon de les avoir dans la rue. » Pour l’avoir régulièrement mis en pratique, les syndicats sont parfaitement conscients de leur pouvoir de nuisance et de blocage : il suffit de 50 tracteurs devant une préfecture pour établir un sérieux rapport de force… Mieux : la simple menace fait trembler les préfectures.

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Centres des impôts incendiés, séquestration de deux gendarmes par des légumiers, saccages de supermarché, portique autoroute démonté, bureau d’une ministre ravagé (celui de Dominique Voynet, au ministère de l’Environnement, en 1999)… L’histoire des manifestations agricoles est émaillée de ces images fortes. « On ne compte plus le nombre de manifestations violentes organisées par la FNSEA qui a développé, en la matière, un savoir-faire inégalé. La centrale syndicale peut déverser des tonnes de lisiers devant les préfectures, saccager des biens publics, envahir des institutions, sans que la police n’intervienne outre mesure ou que le ministère de l’intérieur n’en fasse le décompte précis », écrit ainsi Yannick Sencebé, maître de conférences en sociologie. Cette stratégie de la force a été longtemps assumée par le syndicat majoritaire, dont le président assure aujourd’hui qu’elle appartient au passé.

Des agriculteurs déposent du fumier devant l’Agence de l’eau Adur-aronne, à Toulouse, le 16 janvier 2024. (ALAIN PITTON / NURPHOTO VIA AFP)

Cette mansuétude envers le monde agricole peut aussi s’expliquer par l’attachement des Français aux agriculteurs, symboles de la nation et de son passé paysan. Alors qu’ils représentent aujourd’hui moins de 2 % des actifs (contre 7 % en 1982), les agriculteurs sont inscrits dans l’identité collective. Cette relation quasi filiale rend peut-être la colère des agriculteurs plus acceptable par l’opinion publique. « La violence des agriculteurs est considérée comme légitime, estime dans “20 Minutes” le sociologue Michel Wieviorka, directeur d’études à l’Ecole de Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Leur violence est perçue comme instrumentale, et non comme une manière d’imposer une révolution ou un nouveau pouvoir. »

Interrogé au micro de France info sur le traitement différencié entre les militants écolos et les agriculteurs, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, s’est en effet dédouané : « Nous, on n’est pas là pour faire de la politique. Nous, on est là pour défendre notre métier. » Mais qu’est-ce qui n’est pas politique dans l’expression de cette colère et les revendications envoyées au gouvernement ? Tout comme il semblerait que la perception de la détresse des uns et des autres soit elle aussi politique.



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