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lire Christophe Dechavanne pour comprendre la crise écologique

by admin
lire Christophe Dechavanne pour comprendre la crise écologique

« Il n’y a pas de hasards, je pense que la vie communique avec nous via des signes », nous a expliqué gravement sur France-Inter l’humoriste Roman Frayssinet, paraphrasant en quelques mots simples le « Bhagavad-Gita ». Et il est vrai qu’en cette rentrée de janvier, on ne peut qu’être frappé par des coïncidences troublantes : d’une part, le salaire horaire d’Amélie Oudéa-Castéra correspond à la date de la fin des temps dans le calendrier sumérien ; d’autre part, l’historien Jean-Baptiste Fressoz et l’animateur Christophe Dechavanne publient tous les deux un livre qui porte le même titre : « Sans transition ». Conscient des priorités du moment, nous aimerions nous attarder sur ce deuxième cas, les proximités entre ces deux textes nous semblant fortes et devoir être soulignées.

Jean-Baptiste Fressoz est un historien décroissant de l’énergie. Christophe Dechavanne est un animateur de télévision, pilote de circuit automobile à ses heures perdues. Tout les éloigne, mais tout les rapproche. Dès la première page de ses Mémoires, le présentateur de « Ciel mon mardi ! » fait écho à la critique du présentisme portée par Fressoz : longtemps, il a pris des somnifères, des benzodiazépines, qui vous endorment le soir, mais qui, à la longue, vous « défoncent la mémoire ». On ne saurait mieux parler de nos sociétés qui, à intervalles réguliers, pour se rassurer, déclarent la radicale nouveauté de notre présent. Dechavanne et Fressoz nous rappellent à cette triste réalité : si l’homme est aveuglé, c’est par lui-même.

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Cessons d’être fasciné par le dernier gadget à la mode, nous explique en substance Christophe Dechavanne qui, en plusieurs décennies de télévision, a vu des étoiles briller et s’éteindre, et qui, dans des pages reconstruites par le souvenir, se livre à une défense émouvante des low tech, ces technologies simples, facilement réparables, que l’homme peut s’approprier. Enfant, pour pouvoir « regarder la télé en douce », il se confectionnait son antenne à lui, en « piquant à la cantine de l’école une fourchette en fer-blanc » et en la façonnant grâce à une « lime à métal » achetée au BHV : « Bim !, se souvient-il, je capte parfaitement les chaînes, certes pas en HD, mais j’avais la télé. Une folie, pour moi. » « Certes, pas en HD » : tout est là, tout comme Fressoz, l’animateur nous invite à un freinage technologique, qui ne peut que redonner le goût des vraies choses, des plaisirs simples.

Jean-Marc Jancovici et Jean-Baptiste Fressoz : « Le climat est la vraie urgence politique »

Mais il faut s’enfoncer encore un peu dans les souvenirs de Christophe Dechavanne pour découvrir cette métaphore, qui résume parfaitement les inquiétudes de Jean-Baptiste Fressoz face à la crise écologique. Rappelons que pour l’historien, nous nous berçons d’illusions en espérant une transition énergétique douce alors qu’il faudrait nous dépouiller d’une partie de nos gadgets consuméristes. A l’unisson de cette vision, l’animateur nous raconte cette fois où il a bien failli « se noyer en plein océan Indien ». La scène est visuellement très forte. Avec Stéphanie, son épouse, l’animateur est parti « admirer au large un récif de corail » ; bardés d’équipements de plongée, ils s’enfoncent dans les vagues. Le spectacle est magnifique, mais lorsqu’ils refont surface, la « nuit commence à tomber et la mer à gonfler ».

Le bateau qui les accompagnait semble les avoir perdus. Comment mieux évoquer cette illusion des Trente Glorieuses, qui furent comme une plongée enchantée, et dont nous ressortons avec la conscience aiguë et soudaine des périls qui nous guettent ? Comment mieux évoquer que par cette image de deux corps en apesanteur, « stabilisés entre deux eaux », cette « Grande Accélération » qui a vu tout à la fois l’essor inouï des conforts de vie et l’épuisement forcené des ressources naturelles ?

Déjà deux siècles que nos sociétés sont accros aux énergies fossiles

La suite est encore plus forte. Le moniteur qui accompagne les Dechavanne a le réflexe classique de l’homme moderne face à la nature déchaînée : il s’en remet à ses outils technologiques, et libère « un sifflet, actionné et gonflé comme nos vestes grâce au gaz contenu dans la bouteille ». Hélas, comme le souligne déjà Fressoz, les illusions technologiques font long feu : « Ça fait “puiiit, puiiit, puiiit” très fort, puis le son faiblit, “pspuiiit” », écrit Dechavanne, dans une parfaite description des cycles de hype qui entourent les biocarburants ou l’hydrogène. Les promesses de l’innovation, hélas, doivent souvent être réduites. Rien de tout cela ne serait grave si, tout comme Dechavanne qui voit son nanomètre « afficher de moins en moins d’air dans la bouteille », nous n’assistions pas à la montée de la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

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Dans ces eaux indiennes, l’animateur invite sa femme à se débarrasser, comme lui, de « sa ceinture de plomb pour flotter plus facilement ». On reconnaît bien là l’espoir de s’en sortir avec quelques mesures de sobriété. Hélas, et c’est là encore une bonne description de la crise écologique, « les vagues sont de plus en plus grosses, le courant aussi, […] et la nuit complète va tomber comme un caillou dans une demi-heure ».

« Sans transition », par Jean-Baptiste Fressoz, Seuil, 419 p., 24 euros« Sans transition… », par Christophe Dechavanne, Flammarion, 320 p., 20,50 euros



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