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Du Grand Nord à l’Amazonie en passant par le pays bigouden, soixante-dix ans de « Terre humaine »

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Du Grand Nord à l’Amazonie en passant par le pays bigouden, soixante-dix ans de « Terre humaine »

Il arrivait à l’infatigable arpenteur du Grand Nord qu’était Jean Malaurie, dont la mort, à l’âge de 101 ans, a été annoncée lundi 5 février, de se livrer à des promenades moins échevelées, comme celle qui l’amena, en 1954, dans le jardin du Luxembourg, à Paris. Elle aussi allait lui changer la vie. Il venait d’écrire Les Derniers Rois de Thulé et cherchait à le faire éditer. Sur une impulsion, il se précipita chez Plon, dont le siège était à quelques rues, demanda à voir le directeur littéraire, Charles Orengo, et lui proposa dans le même mouvement son manuscrit et la création d’une collection, dont celui-ci constituerait le premier titre. « Deux semaines plus tard, c’était d’accord », raconta-t-il. « Terre humaine » était née.

Cette collection allait devenir, en une centaine de livres publiés sous la direction de Jean Malaurie entre 1955 et 2015, l’une des plus prestigieuses de l’édition française de sciences humaines. Mais elle n’aurait sans doute pas connu ce destin si le géographe-éditeur n’avait eu, dès le deuxième livre, un coup de génie qui allait marquer l’histoire de l’anthropologie, en demandant à Claude Lévi-Strauss, auteur, en 1949, des Structures élémentaires de la parenté (PUF), « l’envers de cela (…), [son] œuvre d’écrivain, [son] voyage philosophique, [son] itinéraire », se souvenait-il, en 2005, lui avoir écrit. Tristes tropiques parut en 1955, et devint rapidement un classique.

Le savoir anthropologique et son envers

Aussi donnait-il le ton à « Terre humaine », qui allait mêler, soixante ans durant, le savoir anthropologique et son envers, à la recherche de toutes les formes d’incarnation de la connaissance des sociétés humaines, jusqu’au témoignage. Des auteurs aussi importants que Margaret Mead, James Agee, Pierre Clastres, Jean Duvignaud, Jacques Lacarrière ou René Dumont y ont côtoyé un curé de campagne, un serrurier, un pêcheur, un mineur, une paysanne hongroise… Jean Malaurie aimait susciter des livres, demander aux gens de raconter leur expérience du monde, qu’ils soient de grands savants ou, comme il aimait dire, des « sans-grade ».

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C’est ainsi qu’en entendant, à la radio, le Breton Pierre-Jakez Hélias, professeur de latin-grec, il lui proposa d’écrire un livre sur la vie dans le pays bigouden. Ce sera Le Cheval d’orgueil, qui, à la mort de son auteur, s’était vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Un succès d’autant plus imprévu qu’à sa publication, en 1975, la collection s’étiolait, au point que Plon envisageait de l’arrêter. On devine qu’il cessa bientôt d’en être question. Elle existe d’ailleurs toujours, même si, selon son fondateur, elle était partie « à vau-l’eau » le jour où il avait cessé de s’en occuper. Que pouvait-il dire d’autre ? Rarement, dans l’histoire de l’édition, un homme se sera identifié à une collection comme Jean Malaurie le fit avec ce portrait à cent voix des peuples du monde, qu’il ne serait pas exagéré de définir, aussi, comme un autoportrait.

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