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Entre protection et libération : Sociologie de la cause animale du XIXe siècle à nos jours

by admin
Entre protection et libération : Sociologie de la cause animale du XIXe siècle à nos jours

En quoi les mobilisations systémiques ont-elles pris de l’ampleur, et quelles en sont les implications ?

Les conceptions systémiques de la cause animale sont aussi anciennes que la cause elle-même, mais elles ont pendant longtemps été marginalisées, n’occupant qu’une position secondaire par rapport aux conceptions sectorielles, largement dominantes. Et donc, pendant longtemps ces conceptions ont été portées par des groupes minoritaires au sein de la cause, elles étaient secondaires et déconsidérées, voire même moquées dans certains cas. Cette situation va commencer à évoluer à partir des années 1970, avec le développement, d’abord aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, de l’animalisme qui se constitue pour partie sur le modèle des luttes anti-racistes et anti-sexistes.

On détaille dans le livre la façon dont l’animalisme a émergé et s’est développé dans cette période. C’est un mouvement de fond, qui résulte d’abord de l’arrivée au sein du mouvement de militants plus jeunes, issus des classes intermédiaires qui sont reléguées au sein des organisations de protection animale à des positions subalternes. De cette manière se constitue un creuset militant, dans lequel ces individus, marginalisés, vont inventer de nouvelles façons de parler et d’agir au nom des animaux, en privilégiant l’action directe et en liant de plus en plus systématiquement militantisme pour la cause animale et pratiques de consommation végétariennes, végétaliennes ou véganes. Ces innovations, dans les modes d’action comme dans les idées, vont par la suite être formalisées par de jeunes intellectuels, comme le philosophe australien Peter Singer, qui vont proposer des concepts comme “antispécisme” ou “droit de l’animal”. Et ces concepts vont être appropriés par ces militants et ces groupes d’apparition récente pour marquer leur rupture avec la protection animale, dont certaines grosses organisations, plus particulièrement aux Etats-Unis, sont alors fragilisées par des scandales, notamment financiers. Il va y avoir un véritable succès de ces nouvelles organisations et de ces labels, qui se diffusent dans les pays de culture anglophone, si bien qu’on peut parler de véritable révolution symbolique, puisque les conceptions systémiques de la cause animale, qui étaient jusque-là très secondaires et marginales, vont occuper à partir de là une position de premier plan.

Dans le cas de la France, ce tournant va advenir beaucoup plus tard, malgré des tentatives d’importation qui commencent à la fin des années 1980, depuis la région lyonnaise. Des militants, issus pour partie des milieux squats et anarchistes de la région, vont alors tenter d’implanter ces conceptions en France, à la fois en direction du mouvement anarchiste dont ils proviennent et de l’espace intellectuel. Ça marche difficilement, mais un peu plus tard, au cours des années 2000 et 2010, on assiste à une évolution des propriétés sociales des militants de la cause animale française : des gens plus jeunes commencent à s’investir, qui vont s’avérer beaucoup plus réceptifs aux conceptions animalistes anglophones. Il va y avoir une rencontre à ce moment-là entre les militants plus anciens qui avaient tenté d’importer ces références depuis la fin des années 1980 et ces nouveaux entrants : c’est vraiment à partir de là que l’animalisme et donc les conceptions systémiques commencent à s’ancrer en France, ce qui se traduit par une série d’initiatives nouvelles, comme l’organisation des Veggie pride- la manifestation annuelle pour la fierté d’être végétarien pour les animaux- ou encore la création de Stop Gavage, qui va donner par la suite naissance à l’association bien connue L214.

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