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Les ressources en ligne vident-elles les salles de cours?

by admin
Les ressources en ligne vident-elles les salles de cours?

Paula Cacault a étudié l’économie dans la plus grande université publique d’Argentine. Durant cinq ans, elle a pris tous les matins le bus, avec dans son sac à dos un tabouret pliable au cas où elle n’arriverait pas assez tôt pour trouver une place dans sa salle de cours. L’enseignement à distance pour désengorger les salles de cours, c’est donc un sujet qui parle à la responsable des opérations à l’EPFL pour le Centre Enterprise for Society (E4S).

En octobre 2023, elle a reçu le prix suisse de la recherche en éducation pour une étude sur l’impact du live streaming sur la fréquentation des cours en présentiel et sur les résultats des étudiantes et étudiants. Une récompense obtenue avec les co-auteurs de l’étude, Christian Hildebrand professeur de marketing analytique à l’Université de Saint-Gall, Jérémy Laurent-Lucchetti et Michele Pellizzari, professeurs d’économie à l’Université de Genève.

Paula Cacault
Responsable des opérations à l’EPFL pour le Centre Enterprise for Society (E4S)
© Alain Herzog 2023 EPFL

Pour cette étude menée en 2017, 1459 étudiantes et étudiants du programme Bachelor économie et management de l’Université de Genève ont été répartis en trois groupes. 15% des étudiantes et étudiants impliqués n’avaient jamais accès au live streaming (diffusion vidéo du cours en direct mais sans enregistrement), 15% y avaient toujours accès et 70% avaient l’opportunité de suivre les cours en live streaming par tournus. «On pensait que les personnes allaient se ruer sur le live streaming dès que c’était possible, mais au final seulement 10% d’entre elles en ont profité», relève Paula Cacault. L’étude, qui a analysé les résultats des étudiants aux examens, a aussi montré que suivre les cours à distance en live streaming bénéficie aux personnes ayant le plus de facilité mais pénalise celles qui ont le plus de peine. «De manière générale, la littérature montre qu’à chaque fois que l’on s’éloigne du modèle d’enseignement traditionnel, c’est plutôt mauvais pour les étudiantes et étudiants qui ont le plus de difficultés», remarque Michele Pellizzari.

Un comportement flexible

Six ans après la conduite de cette recherche, l’enseignement à distance a pris plus de place et les comportements ont changé. Pour évaluer les modes d’apprentissage des étudiantes et étudiants de l’EPFL, Pierre Dillenbourg, vice-président associé pour l’éducation, a initié trois sondages réalisés en collaboration avec le Centre d’appui à l’enseignement (CAPE) et le Centre LEARN. Un premier sondage a été mené en juin 2022 (2700 répondantes et répondants), un autre en novembre 2022 (2900 répondantes et répondants) et un troisième en juin 2023 (1400 répondantes et répondants).

Pierre Dillenbourg
Vice-président associé pour l’éducation
© 2021 EPFL

«Chaque enseignant et enseignante a noté une évolution des habitudes de nos étudiantes et étudiants. Nous souhaitions mieux la cerner pour mieux s’y adapter», relève Pierre Dillenbourg. Les sondages menés en 2022 ont montré que parmi celles et ceux qui étaient déjà à l’EPFL avant la pandémie, un peu plus de la moitié (62,6% en juin et 51,6% en novembre) ont déclaré assister moins souvent aux cours qu’auparavant.

De manière générale, la présence aux cours apparaît plus élevée au semestre d’automne. En juin 2022 57,4% des répondantes et répondants ont affirmé assister entre «souvent» et «toujours» aux cours en présentiel. En novembre 2022, ce chiffre s’élevait à 74,7% et en juin 2023 à 61,7%.

Lorsqu’ils n’assistent pas à un cours en présentiel, plus de la moitié des étudiantes et étudiants (52% en moyenne sur les trois sondages) affirme entre «souvent» et «toujours» venir sur le campus. Principalement pour étudier par eux-mêmes, pour du travail sur des projets ou pour des activités sociales.

L’enregistrement vidéo, une ressource comme une autre

Si la mise à disposition d’un enregistrement vidéo du cours est très apprécié, ce n’est pas pour autant que les étudiantes et étudiants vont en profiter pour ne plus assister au cours en présentiel. «On a demandé comment ils se tiennent à jour lorsqu’ils n’assistent pas aux cours, et on constate que les enregistrements vidéo du cours ne sont pas plus utilisés que d’autres supports (polycopié, livre, slides). Ce n’est donc pas le facteur principal qui détermine leur présence à un cours sur le campus ou non», relève Pierre Dillenbourg.

De manière générale, les étudiantes et étudiants privilégient les cours qu’ils trouvent intéressants, ceux qu’ils jugent difficiles et ceux dans lesquels les enseignantes et enseignants proposent des activités différentes de ce qui se trouve dans le matériel vidéo. La pandémie semble donc avoir aiguisé les attentes vis-à-vis de l’enseignement. Les étudiantes et étudiants souhaitent une approche pédagogique interactive où le suivi des cours en présentiel apporte une réelle plus-value. Est-ce que cette plus grande sélectivité via à vis des cours suivis en personne à un impact sur les résultats ?

On a demandé comment les étudiantes et étudiants se tiennent à jour lorsqu’ils n’assistent pas aux cours, et on constate que les enregistrements vidéo du cours ne sont pas plus utilisés que d’autres supports (polycopié, livre, slides). Ce n’est donc pas le facteur principal qui détermine leur présence à un cours sur le campus ou non.

«Les sondages étant anonymes, nous n’avons pas pu faire le lien entre la présence déclarée au cours des étudiantes et étudiants et leurs résultats aux examens, souligne Pierre Dillenbourg. En général, les études internationales montrent que cette corrélation est très faible, sauf pour la première année d’études et pour les cours qui exigent des manipulations physiques. Mais bien sûr notre but est avant tout que les étudiantes et étudiants tirent avantage de notre magnifique campus pour se nourrir de riches échanges entre eux et avec leurs enseignantes et enseignants.»

Quant à savoir si ces nouveaux comportements ont une incidence sur l’écart entre les meilleurs étudiants et ceux qui ont le plus de difficultés, Paula Cacault remarque qu’il faudrait refaire une étude. Et d’ajouter, «la nôtre a montré que ces deux groupes recouraient de manière similaire au live streaming lorsque les coûts pour venir en cours étaient importants (long trajet, très mauvaise météo, etc..). Pourquoi c’est bénéfique aux meilleurs étudiants et cela pénalise ceux qui ont le plus de peine ? Nous postulons qu’en l’absence de live streaming, ceux qui ont le plus de peine auront toujours tendance à privilégier le suivi en présentiel, même si les coûts sont importants. Les meilleurs étudiants pour leur part, préfèrent rater le cours et réviser par eux-mêmes. Dans le premier cas, avec accès au live streaming, les étudiants suivent le cours en ligne au lieu d’aller en classe, donc leurs résultats sont moins bons. Dans le second cas, les étudiants suivent le cours en ligne au lieu de réviser seuls, donc leurs résultats sont meilleurs.»

A noter que l’étude menée a analysé le live streaming, soit un cours en direct sans enregistrement. La mise à disposition d’un enregistrement vidéo du cours est une pratique différente. D’ailleurs, du côté de l’Université de Genève, Jérémy Laurent-Lucchetti et Michele Pellizzari, relèvent qu’un nouveau projet de recherche est en cours. «Celui-ci est encore à un stade très préliminaire, mais notre objectif est d’analyser si l’accès aux enregistrements vidéo des cours a un effet sur les résultats et la présence en cours.»

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