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« Le dodo n’était ni stupide, ni obèse, ni inadapté »

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« Le dodo n’était ni stupide, ni obèse, ni inadapté »

Delphine Angst est docteure en paléontologie. Spécialiste du dodo, auquel elle a consacré deux postdocs, en Afrique du Sud et en Angleterre, et plusieurs articles, elle dresse le bilan des recherches anciennes et récentes sur cet oiseau iconique de l’île Maurice, disparu depuis près de quatre siècles mais qui continue de fasciner.

Pourquoi cet oiseau emblématique est-il si mal connu ?

Ce qui est compliqué, avec le dodo, c’est qu’il a été contemporain des hommes, mais à une époque où l’histoire naturelle n’existait pas, puisqu’il a disparu au XVIIe siècle, sans doute dans les années 1660. On était bien avant Charles Darwin (1809-1882). On n’avait aucune idée de la façon dont on renseignait les sciences naturelles. Et les gens qui ont vu les dodos en vie étaient des marins qui n’avaient aucune formation naturaliste. Ils les ont décrits dans leurs journaux de bord de façon très succincte. Par ailleurs, on a très peu de restes de dodos : pas de spécimen naturalisé, très peu d’ossements, sauf ceux que l’on a sortis de marais, donc d’un environnement très destructeur. Cela rend de nombreuses analyses chimiques impossibles ou très compliquées.

Illustration d’« Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll par John Tenniel.

Pas d’animaux naturalisés, pas de squelettes complets, comment est-ce possible ?

A l’époque, quelques animaux ont été envoyés en Europe et en Asie pour être montrés. Un seul a été naturalisé à sa mort, celui de Londres. Mais il a été rapidement endommagé et a été détruit. Ils ont conservé une patte et la tête. Pour les ossements, l’essentiel provient d’un site nommé la Mare-aux-Songes, au sud-est de l’île, fouillé à partir de 1865, donc deux siècles après l’extinction. Et de façon assez brutale, comme on le fait dans un marais. On n’y travaille pas au cure-dents ou avec de petits couteaux, mais en piétinant le terrain. Le résultat est que les squelettes que l’on voit dans les musées sont tous composites ou parcellaires, à l’exception de celui de Port-Louis, à Maurice. Tout ça rend difficiles même les études anatomiques sur la dimension des spécimens.

La multiplicité des clichés qui l’entourent vient-elle de là ?

Plutôt des documents de l’époque qui ont représenté les dodos de façon de plus en plus exagérée, avec des oiseaux extrêmement gros, extrêmement gras. Et souvent outrageusement colorés, comme des perroquets. On a des représentations d’un oiseau un peu ridicule et des textes qui racontent qu’il ne s’enfuyait même pas en voyant les hommes, preuve de sa bêtise. Du reste le terme même de « dodo » vient du hollandais dodaarsen, qui veut dire « stupide ». Un abruti, en somme. Mais quand on déconstruit tout ça, on voit que tout est faux. Il n’avait aucune raison de s’enfuir puisqu’il n’avait jamais eu de prédateur. Et les humains l’ont exterminé si vite qu’il n’a pas eu le temps de s’adapter. Même chose pour son obésité. Il y a sûrement eu des individus obèses : ceux que l’on a rapportés, nourris d’abord par les marins, puis dans les zoos. Ce sont eux que l’on a essentiellement représentés, bien loin de la réalité sur l’île Maurice. Donc non, le dodo n’était ni stupide, ni obèse, ni inadapté. Sauf au nouvel environnement qu’a imposé l’homme. Mais les clichés ont parfois la vie dure.

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