
Institution représentée : Académie des sciences.
Anselme Payen rappelle la place de Rayer dans la pathologie comparée, l’étude des maladies transmissibles de l’animal à l’homme et la constitution d’institutions scientifiques et mutualistes.
Discours intégral prononcé aux obsèques
Messieurs,
Encore une de nos grandes illustrations médicales éteinte !
Quel douloureux devoir nous réunit au bord de cette tombe !
En présence d’une perte aussi cruelle, à peine la voix du cœur pourrait-elle exprimer les sentiments d’une affliction profonde, et cependant pour rendre les derniers devoirs et offrir un premier hommage au savant, à l’excellent confrère que la mort nous enlève, il me faut rappeler au moins quelques-uns de ses titres éminents à la reconnaissance publique, en attendant qu’une voix plus autorisée puisse, dans le calme du temps qui adoucit les peines, signaler tous les services que Rayer a rendus à la science, à l’humanité.
Après avoir eu l’insigne honneur et la tâche facile de soutenir sa candidature, au nom de la section d’économie rurale et d’art vétérinaire, de l’Académie des sciences, unanime dans sa présentation, je dois aujourd’hui, à vingt-quatre ans d’intervalle, essayer de dire comment ses travaux se rattachaient directement à notre section. C’est que Rayer n’était pas seulement le célèbre médecin au diagnostic incomparable, occupant un rang élevé dans les sciences de la physiologie expérimentale et de la pathologie ; pour nous il était encore le savant observateur qui avait approfondi l’étude des maladies des animaux de nos fermes ; le premier qui eut d’une main assurée porté la lumière dans des questions ardues, alors très controversées ; le premier qui eut démontré clairement que certaines affections graves non seulement sont contagieuses entre les animaux, mais encore sont transmissibles à l’homme.
De là tirent leur origine des mesures d’une haute importance dans l’intérêt de l’agriculture et de l’hygiène publique.
Rayer ne cessait de poursuivre ses travaux importants dans cette direction, mais en même temps il faisait d’incroyables efforts pour diriger le zèle des jeunes savants vers les recherches scientifiques qui ont pour but d’éclairer la médecine comparée. La fondation de la Société de biologie, dont il est demeuré jusqu’au dernier jour le président, le protecteur et le bienfaiteur généreux, est et sera dans l’avenir un de ses plus beaux titres.
Il ne lui suffisait pas d’exciter et de soutenir ainsi l’émulation des hommes de science et de labeur, il songeait à ceux que trop souvent l’insuccès, le malheur et les maladies accablent, à ceux qui succombent à la peine, laissant une famille malheureuse. Pour leur venir en aide, il a fondé et doté l’Association générale de prévoyance et de secours mutuels des médecins de France. Rayer présidait, les 28 et 29 avril derniers, la huitième assemblée générale de cette philanthropique Association, déjà puissante par le nombre et les bienfaits, grâce au concours empressé de nos célébrités médicales.
De toutes les parties de l’Empire l’écho de la reconnaissance arrivait jusqu’à lui.
Rayer, heureux de tant de succès mérités, n’avait rien à envier du côté de la fortune, ni des honneurs dus à son noble caractère et à son beau talent : il était membre de l’Institut, médecin ordinaire de l’Empereur, grand officier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur, ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris. Et cependant, comme si dans ce monde le bonheur ne pouvait être complet ni durer longtemps, notre confrère eut en diverses occasions à supporter de douloureuses épreuves que toute sa science ne put conjurer : une maladie cruelle, dont il suivit les progrès lents et dut prévoir l’issue fatale, enleva une de ses filles chéries à l’âge où elle était comblée des dons de la nature.
Plus tard un mal presque foudroyant frappait, dans la force de la vie, son épouse aimante et tendrement aimée !
Il lui est resté du moins jusqu’au dernier jour une seconde fille sur laquelle toutes ses affections se sont concentrées, qui fut son ange gardien durant sa longue maladie et pendant une convalescence plus longue encore qui devait tromper toutes les espérances. Adieu, Rayer ! tu as rempli une grande mission d’humanité sur la terre. Repose en paix !
Adieu !
Lecture historique
Payen présente Rayer comme un acteur de la médecine comparée et de l’hygiène publique. Son discours relie les recherches sur les zoonoses à leurs conséquences agricoles et sanitaires, puis élargit l’hommage à la Société de Biologie et à l’assistance confraternelle.
Source : « Obsèques de M. Rayer », L’Union médicale, troisième série, n° 111, 14 septembre 1867, p. 449–458. Transcription intégrale reproduite dans l’ouvrage consacré à Pierre Rayer. Le vocabulaire de l’éloge funèbre est conservé comme témoignage de la réception contemporaine.