Mort, obsèques et mémoire de Pierre Rayer

Pierre Rayer meurt à Paris le 10 septembre 1867, à l’âge de soixante-quatorze ans. Ses obsèques, célébrées deux jours plus tard, réunissent la famille, l’armée, les académies, les hôpitaux, les administrations sanitaires, les médecins et la Société de Biologie. La cérémonie rend visible l’étendue d’une œuvre que chaque institution interprète depuis son propre point de vue.

L’Union médicale du 14 septembre 1867, début du compte rendu des obsèques de Pierre Rayer
L’Union médicale, n° 111, 14 septembre 1867, p. 449. Début du compte rendu des obsèques. Université Paris Cité, BIU Santé Médecine, Numerabilis, cote 90068.

Les obsèques d’un « prince de la science »

Le 14 septembre 1867, L’Union médicale publie sur dix pages le compte rendu des obsèques célébrées deux jours auparavant. La cour de l’hôtel particulier de Rayer, rue de Londres, avait été transformée en chambre ardente. Le corps reposait sous un catafalque, entouré des membres de la famille, des disciples, des représentants de la science et des autorités.

Le convoi était accompagné d’un bataillon rendant les honneurs dus à un grand officier de la Légion d’honneur. Au premier rang des représentants du gouvernement figurait Charles de La Valette, ministre de l’Intérieur. Le compte rendu mentionne également M. de Bourreuille, conseiller d’État et secrétaire général du ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, ainsi que M. Nayron, chef du bureau sanitaire. Cette présence inscrit l’hommage rendu à Rayer au plus haut niveau de l’administration impériale.

Le cortège des institutions

L’ordre du cortège constitue une cartographie de la vie de Pierre Rayer. Aucune institution ne résume seule son parcours ; leur succession matérialise au contraire l’unité de fonctions habituellement étudiées séparément.

Bataillon militaire et commandant à cheval
Clergé, corbillard et famille
Institut et Académie des sciences
Faculté de médecine
Académie de médecine
Comité consultatif d’hygiène publique
Association générale des médecins de France
Assistance publique et médecins des hôpitaux
Société de Biologie
Médecins, représentants de l’État et personnalités civiles

Après le service à Saint-Louis-d’Antin, le cortège gagne le cimetière Montmartre, où se trouve la sépulture familiale. L’apparat public rejoint alors une histoire familiale marquée par les deuils.

Huit témoignages, huit dimensions d’une même œuvre

Au cimetière, huit allocutions sont prononcées. Elles ne constituent pas huit biographies neutres. Chacune sélectionne la dimension de Rayer que l’institution représentée souhaite transmettre.

Anselme Payen

Institut et Académie des sciences. Il retient le savant de la pathologie comparée, l’étude des maladies animales transmissibles à l’homme et la portée collective de ses institutions.

En savoir plus

Henri Roger

Académie de médecine. Disciple de Rayer depuis trente-quatre ans, il insiste sur les grands traités, le maître et le protecteur des chercheurs.

Antoine Bussy

Comité consultatif d’hygiène publique. Il décrit un président assidu, prudent devant l’incertitude scientifique et engagé dans les questions thermales, sanitaires et internationales.

Amédée Latour

Association générale des médecins de France. Il présente Rayer comme l’organisateur d’une solidarité nationale destinée aux médecins, aux veuves et aux enfants.

Armand Husson

Assistance publique. Il rappelle l’interne, le médecin des hôpitaux, le Bureau central, Saint-Antoine et surtout le service de la Charité.

Benjamin Ball

Société de Biologie. Il distingue l’initiative collective des jeunes fondateurs du rôle décisif de Rayer dans l’impulsion, la protection et la continuité de la Société.

Michel Lévy

Société centrale. Il évoque l’administrateur et le conciliateur, capable de gouverner sans peser sur les votes et d’anticiper les difficultés.

Docteur Brun

Disciples et amis. Il restitue l’homme privé, le protecteur des carrières, le bienfaiteur et la fidélité qu’il savait susciter.

« Rayer n’est pas seulement grand par les œuvres qu’il a faites, il est grand aussi par celles qu’il a inspirées. »
Henri Roger, discours prononcé au cimetière Montmartre, 12 septembre 1867.

Lire les témoignages comme des sources

Le langage funèbre emploie l’éloge, les superlatifs et les comparaisons. Ces expressions ne doivent pas être reprises comme des conclusions historiographiques indépendantes. Elles constituent néanmoins une preuve directe de la réception de Rayer en 1867 : ses contemporains le reconnaissent simultanément comme clinicien, acteur de la pathologie comparée, protecteur des chercheurs, administrateur de la santé publique et fondateur d’institutions.

De Pierre Rayer à Claude Bernard

La mort de Rayer n’interrompt pas l’institution qu’il a contribué à consolider. Claude Bernard est élu à la présidence de la Société de Biologie le 9 novembre 1867. La succession marque le passage de la médecine clinique, de l’anatomie pathologique et de la comparaison des maladies vers l’affirmation de la physiologie expérimentale, sans rupture avec l’étude conjointe de l’état normal et de l’état pathologique.

L’œuvre change de forme : elle passe des livres aux chercheurs, du maître aux élèves et de l’autorité individuelle aux institutions collectives. Sa mémoire demeure cependant dispersée entre dermatologie, néphrologie, médecine vétérinaire, microbiologie, histoire hospitalière, mutualité médicale et Société de Biologie.

Sources documentaires

L’Union médicale, troisième série, n° 111, 14 septembre 1867, p. 449–458 ; discours de Payen, Henri Roger, Bussy, Amédée Latour, Husson, Benjamin Ball, Michel Lévy et Brun ; faire-part des obsèques de Pierre Rayer ; chapitre « Le dernier hommage des institutions » et chapitre « Une œuvre dispersée, une mémoire à réunifier » de l’ouvrage consacré à Pierre Rayer.

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